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📌 CREM 2026 · Analyse

L'épreuve de présélection décortiquée, exercice par exercice

Le 8 juin 2026, un article publié ici demandait la suppression de la dictée à la présélection du CREM au profit des mathématiques. Le 10 juin, une note ministérielle actait ce changement pour l'option Français. Voici, huit semaines plus tard, le document que ces deux textes annonçaient sans encore le montrer : l'épreuve elle-même, telle qu'elle a été administrée aux candidats. Elle confirme dans le détail ce que la note énonçait dans les grandes lignes.

MBM · Le Couloir du Savoir·20 août 2026

Trois documents, une même trajectoire

Trois documents se répondent en l'espace de quelques semaines, un plaidoyer d'abord, puis une note, et maintenant une épreuve. Le premier texte s'appuyait sur le PASEC 2019 et le baromètre Jàngandoo pour établir un constat simple : la présélection du CREM ne mesurait que l'orthographe des candidats, jamais leur rapport au calcul et à la résolution de problèmes, alors que cette dernière compétence restait la plus fragile chez les élèves sénégalais. La note du 10 juin traduisait ce constat en dispositif, avec une épreuve mixte à deux sections notée sur 40 points. Le document que nous analysons aujourd'hui, daté de la session 2026 et confidentiel jusqu'à l'examen, montre comment ce dispositif s'est concrètement traduit sur la copie du candidat.

Section Français : corriger un texte, pas seulement l'écrire sous dictée

Le premier exercice ne dicte plus rien : il présente un texte complet, « Souvenirs d'enfance », et demande au candidat d'y repérer cinq mots fautifs puis de les corriger dans un tableau. La différence avec la dictée classique n'est pas cosmétique, car une dictée mesure la fidélité d'une transcription auditive, quand un exercice de repérage d'erreurs mesure autre chose : la capacité à lire un texte en position de vigilance, à confronter ce qu'on lit à la norme orthographique et grammaticale qu'on maîtrise, et à corriger sans modèle sonore pour se guider.

Exercice 2, 10 points. Quatre phrases à reformuler correctement : accord du participe passé (« les filles se sont lavées, puis se sont peigné les cheveux »), subjonctif de style soutenu après « il fallait que » au temps simple du passé, comparatif d'un adjectif attribut (« les fruits coûtent cher »), accord du participe passé suivi d'un infinitif (« les garçons que j'avais aperçus laver »). Aucune de ces quatre phrases ne se résout par automatisme. Chacune exige une décision grammaticale motivée.

Un candidat qui aurait simplement bien retenu l'orthographe d'usage, celle que travaille une dictée, ne suffit plus à réussir cette section. Il doit raisonner sur la langue, pas seulement s'en souvenir.

Deux garde-fous qui changent la nature de l'épreuve de mathématiques

La section mathématiques, notée elle aussi sur 20 points, s'ouvre sur deux consignes qui méritent d'être lues avec attention, parce qu'elles disent autant que les exercices eux-mêmes.

La première : toute opération non posée et effectuée correctement sur la copie est notée zéro, même si le résultat final est juste, de sorte que le candidat ne peut plus deviner ou retenir un résultat par cœur, il doit montrer le cheminement qui y mène. C'est un choix d'évaluation exigeant, qui traite le calcul comme une démarche à objectiver plutôt que comme une performance à afficher.

La seconde : le recours à l'équation est formellement interdit, au motif que les équations ne relèvent pas du programme de l'école élémentaire. Cette précision empêche un candidat mal préparé de contourner le raisonnement arithmétique attendu par un outil qu'il n'a pas le droit d'utiliser à ce niveau. Elle protège aussi, indirectement, l'esprit du programme du CM1 et du CM2 : celui d'une résolution de problème qui passe par la proportionnalité, la fraction, le pourcentage, non par l'algèbre.

Deux problèmes, une résolution qui ne se devine pas

Le premier problème porte sur un terrain rectangulaire dont le périmètre, 4,5 hectomètres, doit d'abord être converti, puis dont la largeur, exprimée comme les deux tiers de la longueur, doit être retrouvée avant tout calcul d'aire, ce qui suppose d'enchaîner trois opérations intermédiaires avant la réponse : conversion d'unité, résolution du rapport, puis calcul de surface.

Le second problème est plus dense encore : trois hommes se cotisent à des hauteurs différentes pour acheter un bélier vif de 120 kilogrammes à 250 000 francs, sachant que l'animal rend 75 % de sa masse en viande et qu'il faut d'abord en prélever quinze kilogrammes pour des familles démunies avant que le reste ne se partage au prorata de la somme versée par chacun. Un candidat doit ainsi enchaîner un calcul de pourcentage, une soustraction, puis une répartition proportionnelle à trois termes, sans jamais perdre le fil de ce que chaque étape représente concrètement.

C'est précisément ce type de problème à étapes multiples que le PASEC 2019 identifiait comme le point de rupture des élèves sénégalais : non pas l'opération isolée, mais l'enchaînement de plusieurs raisonnements dans un même énoncé.

La suite logique : préparer les candidats à ce format

Une épreuve qui exige un raisonnement démontré, une lecture critique du texte plutôt qu'une transcription, et une résolution de problème à plusieurs étapes ne se prépare pas comme se préparait une dictée. Les centres et encadreurs qui accompagnent les candidats au CREM devront revoir leurs méthodes de préparation en conséquence, faute de quoi le nouveau format profitera surtout à ceux qui avaient déjà, par ailleurs, une pratique solide du raisonnement mathématique. La réforme a changé l'épreuve. Reste à savoir si l'accompagnement des candidats, sur le terrain, changera au même rythme.

MBM, Le Couloir du Savoir
En lien avec : CREM 2026, la suppression de la dictée à la présélection confirme notre article du 8 juin
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